suicides après une grossesse en Finlande: étude de 1987 à 1994

  Auteurs : Gissler M, Hemminki E, Lönnqvist J.   Date de publication : 1996
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Cette étude constate que le taux de suicide après un avortement était trois fois celui des femmes du même âge en dehors d'un contexte de grossesse et six fois celui des femmes qui ont donné naissance.

Titre original de l'étude : Suicides after pregnancy in Finland, 1987-94 : register linkage study

I

Informations générales

  • Âge des femmes 15 à 49 ans
  • Pays Finlande
  • Type d‘étude I - Comparative (groupe avortement - autre(s) groupe(s)) ; Analyse secondaire ; données médico-administratives
  • Symptômes Mortalité ou suicide ou idées de suicide ou automutilation, Consultation pour troubles psychologiques
  • Période post-avortement étudiée - Une année
  • Jeu de données utilisé - Finlande - Registres nationaux
G

Groupe(s) comparé(s)

  • Effectif - IVG 93807
  • Effectif - grossesse avec accouchement 519139
  • Effectif - fausses couches spontanées 83726
c

Critère(s) de jugement

  • Critères de jugement Mortalité ou suicide ou idées de suicide ou automutilation
  • Critères de jugement Consultation pour troubles psychologiques
M

Mesure du (des) critère(s) de jugement

  • non renseigné
s

Synthèse

Objectif : Déterminer les taux de suicide associés à la grossesse par modalité d'issue de la grossesse (naissance, fausse-couche, IVG).

Type/ Schéma d'étude : Cohorte, recueil prospectif. Analyse de registres nationaux de décès, corrélés au registre d'accouchements, d'IVG et aux hospitalisations pour fausses-couches dans l'année qui précède le suicide.

Population étudiée : Femmes de 15 à 49 ans, décédées par suicide entre 1987 et 1994, en Finlande. N=1347 suicides, dont 73 dans l'année qui a suivi une grossesse.

Mesure(s) principale(s) : taux de suicide, odds ratio du risque de suicide par sous-groupe.

Matériel et méthode : Analyse à partir du registre national de décès de Finlande, des décès par suicide chez les femmes de 15 à 49 ans, survenus entre 1987 et 1994 (n=1347). Ces décès par suicide sont mis en rapport avec l'issue des grossesses (naissance, fausse-couche ou IVG), survenue dans l'année qui précède la date du suicide, par le biais du numéro d'identification unique et des registres nationaux d'hospitalisations, d'IVG et de naissances. 73 suicides survenus dans l'année qui suit l'issue de la grossesse ont été inclus. Sont exclus les décès par mort violente ou non violente de cause inconnue ainsi que les accidents. Le taux de suicides pour 100 000 naissances, IVG ou fausses-couches a été calculé par tranche d'âge par rapport à la date de l'IVG ou au cours de la grossesse. L'odds ratio a été utilisé pour comparer la fréquence de suicide par type d'issue de grossesse et par tranche d'âge, et les intervalles de confiance à 95% ont été calculés. La comparaison des caractéristiques des femmes pour chacune des issues de grossesse a été réalisée par le test du χ2.

NB : le χ2, ou chi2 est un test statistique permettant de tester l'indépendance entre deux variables, ici l'issue de la grossesse et la survenue d'un suicide.

Résultat(s) :

Dans la tranche d'âge étudiée 1347 suicides ont été observés, c'est à dire une incidence de 11,3/100 000 femmes.

Parmi ces suicides, 73 suicides étaient associés à une grossesse (pendant la grossesse et l'année qui suit) soit 5,4% de l'ensemble des suicides dans cette tranche d'âge.

Le risque de suicide était le plus élevé dans les deux mois qui suivent l'issue de la grossesse avec une différence significative avec les deux mois suivants (p<0,05).

Comparaison des taux de suicides dans les trois groupes

Le taux de suicide dans l'année suivant une naissance était de 5,9/100000, soit moitié moins que dans la population générale.

Le taux de suicide après IVG était de 34,7/100000 soit environ 6 fois plus qu'après une naissance (IC 95% 3,6 à 9,9).

Le taux de suicide associé aux fausses-couches était de 18,1/100000 soit environ 3 fois plus qu'après une naissance (IC 1,8-6,3).

Conclusion(s) :

Le taux de suicide après un avortement était trois fois celui des femmes en âge reproductif en dehors du contexte de la naissance et six fois celui des femmes qui ont donné naissance.

La naissance d'un enfant, à l'exception de la tranche d'âge de moins de 20 ans semble être un facteur protecteur contre le suicide.

L'augmentation du risque de suicide suite à un avortement peut s’expliquer soit par des facteurs causaux communs, soit par un effet délétère de l'avortement sur la santé mentale.

R

Résultats Quantitatifs

30 suicides sur 519139 naissances; 14 suicides sur 83 726 fausses couches spontanées; 29 suicides sur 93 807 avortements; soit respectivement 5.7,16.7,30.9 pour 100 000 accouchements, fausses couches spontanées, et IVG

Résultat sur le critère jugement mortalité, suicide, idées de suicide, automutilation

Risque de suicide multiplié par environ 5.9 fois (d'après revue de littérature de Coleman, 2011)

C

Commentaires de la rédaction scientifique

ELEMENTS PERMETTANT D'ARGUMENTER EN FAVEUR D'UN NIVEAU DE PREUVE ÉLEVÉ

Point fort concernant la population étudiée : Population nationale (ou régionale)

Point fort concernant le recueil des données : Sans intervention du patient, ni des chercheurs

Point fort - mesure du facteur étudié (avortement) : Recueil du facteur étudié (avortement) sur données médicales de qualité

Point fort concernant la mesure du critère de résultat (les troubles psychologiques) : Evénement extrait des registres ou de données médico-administratives

Ces données concernent toute la population Finlandaise, ce qui donne un reflet très large des situations sociales.

ELEMENTS PERMETTANT D'ARGUMENTER EN FAVEUR D'UN NIVEAU DE PREUVE FAIBLE

Point faible concernant la prise en compte des facteurs qui peuvent fausser l'analyse : Pas d'ajustement

La mortalité au cours de l'année qui suit l'accouchement ou l'avortement est le critère de jugement utilisé (on inclus tous les décès, reliés ou non à la grossesse). Il peut-être souhaité d'identifier plus précisément la mortalité reliée à l'accouchement ou à l'avortement (pour éviter de compter les morts violentes non liées à la grossesse, plus fréquente dans certains contextes sociaux et pouvant être source de biais). Cependant bien que souhaitable en théorie, cela n'est pas faisable sans biais. Notons en particulier qu'il est plus probable de relier correctement un décès à un accouchement qu'à un avortement. C'est ainsi qu'à tord on pourrait conclure à moins de décès reliés à la grossesse dans le groupe avortement.

Commentaires de la Rédaction Non Scientifique

Ton neutre. Etude bien menée

++

étude rigoureuse et bien conduite sans conflit d'intérêt au niveau des auteurs.

Commentaires des internautes

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